La boucle était presque bouclée, je clôturais les derniers projets, l’esprit déjà un peu ailleurs, avant deux semaines de vacances tant attendues, quand mon portable a entonné les premières notes de Motels. C’était ton boss. Il souhaitait m’accorder un second entretien.
Tu m’avais prévenue quelques jours auparavant qu’il n’avait pas encore trouvé la personne, celle qui répondait à toutes ses attentes. Par ailleurs, tu avais entendu dire que, mis à part le néerlandais (si seulement il pouvait rester entre parenthèses), j’avais fait plutôt bonne impression. Il est nettement plus facile d’être détendue quand on a déjà un job – et un peu d’expérience.
Bref, tu m’avais conseillé de me rappeler à son bon souvenir. Seulement voilà, entre-temps, il s’en était passé des choses, et je n’étais plus tout aussi sûre. Je me rappelle t’avoir répondu que j’y réfléchirais pendant les vacances, que pour l’instant, j’avais besoin de me détendre, que je prendrais une décision pour la rentrée.
Et bien, ce ne sera pas nécessaire. Bien sûr, c’est toujours bon pour mon ego (ah ah), mais je dois admettre qu’il m’a quand même prise au dépourvu, là, ton patron.
Évidemment, n’ayant eu aucune nouvelle de sa part pendant tout ce temps, j’avais un peu laissé de côté la langue d’Hugo Claus (à ma décharge, j’ai eu d’autres chats à fouetter), avec la ferme intention de suivre assidûment un cours dès septembre. Si, si. Le néerlandais, j’aimerais mieux faire sans, mais si je veux changer de crémerie, je serai bien obligée de faire avec. Non pas que j’y sois totalement réfractaire, mais il y a des langues avec lesquelles j’ai plus d’affinités.
Voilà donc que ton boss veut me revoir, au plus vite. Maintenant ? Il y a un mois, j’aurais sauté de joie. Simplement (le mot est assez mal choisi, j’en conviens), sur l’entrefaite, on a acheté une maison. Après deux ans et demi de recherches, il était temps ; mais je ne vais pas m’étendre sur le sujet maintenant.
Oui, vous avez acheté une maison, et alors quoi ?
Ben et alors, il y a l’histoire du prêt. C’est en bonne voie, mais qu’adviendra-t-il si je change de travail maintenant ? La banque sera-t-elle toujours aussi favorable ? Nous l’accordera-t-elle ?
Il y a peu de chance que j’obtienne le poste, mais bon, des fois que... tu sais que j’aime parer à toutes les éventualités. Et moi je sais que sans le prêt, on peut dire adieu à la maison de nos rêves et qu’on perdrait par la même occasion les 10 % d’acompte qu’on doit justement verser demain. Ce n’est pas rien.
D’un autre côté, cet emploi m’intéresse, et puis (surtout ?) ce serait sympa de travailler avec toi. Néanmoins, cette entrevue ne tombe pas vraiment au bon moment. Par conséquent, à ta grande surprise, j’ai répondu que j’allais y réfléchir et que je rappellerais. Mais pourquoi rien n’arrive jamais quand on le souhaite et que tout est toujours compliqué ?
Mais tu devrais le savoir maintenant : jamais rien n’arrive tout seul, quand il se passe des trucs (surtout quand ce sont des trucs stressants, épuisants et qui prennent du temps), tout tombe toujours ensemble après plusieurs mois de vache maigre et de vaines recherches, m’écrivait à ce propos un de nos amis communs. Assez beau garçon, très bavard et des plus sympathiques, tu vois certainement de qui je parle.
Je sais pertinemment que mon néerlandais ne sera pas suffisant. La perspective de faire cet entretien « pour rien », de me mettre dans l’embarras quand le moment sera venu de tester mon niveau et de surcroît, pendant mes vacances, ne m’enchante guère mais tu me connais, je vais quand même tenter le coup. J’appelle demain.
jeudi 16 août 2007
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1 commentaires:
Je comprends très bien tes hésitations, et je sais que moi aussi, j'aurais du mal à quitter un boulot plus ou moins confortable, en période si "risquée" financièrement.
Mais juste deux-trois choses:
-chez nous, personne n'a jamais été viré pendant sa période d'essai. En fait, personne, à ma connaissance, n'a jamais été viré (sauf un gars, mais c'est une histoire compliquée);
-tu ne deviendrais pas millionaire, mais d'après ce que je sais, ton salaire serait meilleur;
-et, autre chose: ils n'ont rappelé que deux filles, je pense. Dont toi, of course.
En tout cas, moi, je croise les doigts, parce que je sais que tu serais super ici, et que de toute façon, ça fait des mois qu'on se débrouille sans néerlandophone, alors les quelques phrases que tu baragouines, ce serait déjà vachement bien !
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